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La Galerie Carrée de la villa Arson présente, du 1er mars au 25 août 2024, l’exposition « Qui a Peur de Chantal Montellier ?», organisée en partenariat avec l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Nancy.


Montellier SQVILLA ARSON NICE - Née à Bouthéon ( Loire), Chantal Montellier est diplômée de l'école des Beaux-Arts de Saint-Étienne. Elle commence sa carrière par des dessins politiques dans la presse syndicaliste et la presse de gauche. Dans le prolongement, la bande dessinée, commencée chez Charlie Mensuel, est une tribune pour affirmer son engagement politique et féministe. Montellier a l'art rare d'être là où il ne faut pas et d'y dire et dessiner ce que l'on ne veut pas voir et entendre. Et d'insister.
L'exposition à la villa Arson permet de (re)découvrir une autrice qui témoigne d'une vérité effrayante faite des manifestations de haine et de violence et qui poursuit son exploration critique de nos sociétés déshumanisées par le consumérisme morbide et la fascisation des esprits. La richesse et la diversité des dessins présentés par l'exposition rendent compte d'un œuvre visionnaire, prémonitoire, annonciatrice de nos sociétés post-modernes violentes en déliquescence sociale.
Présentation de l’exposition par les commissaires Rosa Brux, Vanina Géré, et Frédéric Wecker :
« Trop intelligente, trop belle, trop forte, trop rouge ? Le mélange de fascination et de crainte que Chantal Montellier a suscité a souvent relégué son art au second plan dans l’histoire de sa réception critique, alors qu’il aurait dû être au centre de l’attention. Cette exposition se concentre sur la période la plus prolifique de la carrière de Montellier, pour inscrire son œuvre dans l’histoire de la bande dessinée comme l’une des plus politiquement pertinentes de son époque.

Chantal Montellier 2 S

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Chantal Montellier 3 S
De 1978 à 1994, de ses débuts dans Charlie Mensuel, Ah ! Nana et Métal Hurlant à la publication de la troisième (et hélas dernière) aventure de Julie Bristol aux éditions Dargaud, Chantal Montellier a produit un des corpus de bandes dessinées les plus singuliers dans la persistance de son rapport critique au monde.
Dans son contexte de parution, le fait qu’une femme produise une telle œuvre était sans doute impensable et le silence actuel autour de son œuvre est peut-être entretenu ou savamment organisé par ceux qui hier avaient du mal à le penser. C’est ainsi que tout au long du parcours artistique de Chantal Montellier, la réception de son œuvre se présente – malheureusement – comme un cas d’école de l’histoire de l’art féministe.
Cette exposition se propose de rendre à nouveau visible une œuvre devenue invisible par la multiplication des carences éditoriales et entend contribuer à la préservation de cette œuvre, dans une perspective résolument matrimoniale.
Alors que Chantal Montellier a été publiée par les plus grands éditeurs de l’histoire de la bande dessinée francophone des années 1980, Les Humanoïdes Associés, Futuropolis, Casterman, aucun de ses éditeurs historiques n’a pour l’instant jugé nécessaire de republier l’une de ses œuvres. À ce jour, ni 1996, Shelter, Wonder City (les volets de sa trilogie de « Social Fiction ») ni Andy Gang, ni Le Tueur de la Marne ou Joyeux Noël pour Andy Gang n’ont été réédités par les Humanoïdes Associés. Les trois aventures de Julie Bristol espèrent qu’on les recueille en un volume et des titres aussi importants que Blues, Les Rêves du fou, Rupture ou Le Sang de la commune attendent toujours leur republication.
La constance critique de l’œuvre de Chantal Montellier apparaît rétrospectivement comme l’un des rares contrepoids aux renouvellements opportunistes de l’offre éditoriale qui a vu l’alliage d’érotisme et de science-fiction de Métal Hurlant céder la place dans les pages d’(À Suivre) aux charmes discrets de la petite bourgeoisie.
Dans une période qui a vu la bande dessinée se répandre ainsi au-delà des rayons jeunesse des kiosques et des librairies, l’œuvre de Montellier s’impose rétrospectivement comme l’une des plus authentiquement adulte que la bande dessinée européenne d’auteur·trice ait produites.
Chez Montellier, la critique de l’économie politique s’épaissit d’une critique de la société de contrôle, d’une critique de la société de consommation, d’une critique du patriarcat et d’une dénonciation des violences d’État.
Opposant la froideur du réel à l’escapisme régressif ou aux nostalgies délétères, l’œuvre de Chantal Montellier dans son versant réaliste autant que dans son versant dystopique est emplie d’images qui ne paraîtront excessives qu’aux modéré·es.

Chantal Montellier 4 S

Chantal Montellier 5 S
Paris y est hantée par les Communard·es assassiné·es, les centres commerciaux y sont dépeints comme des laboratoires d’une expérimentation sociale à ciel fermé, les hommes comme des crocodiles, l’eugénisme y est assisté par ordinateur, des cadavres naturalisés y servent à vendre des voitures d’occasion et Big Brother y est un vieil homme blanc chauve dont notre conditionnement culturel nous force à trouver la tête sympathique. Si l’institution asilaire y est décrite et dessinée avec une minutie de documentariste, elle est aussi présentée comme l’envers d’un monde dans lequel les fous les plus dangereux sont aux manettes, toujours du bon côté du manche et possèdent les codes des diverses mallettes nucléaires. Quant aux assassins de l’ordre (les inspecteurs de police), ils y ont une belle gueule, mais ont élevé la bavure en pratique bureaucratique.
Chez Montellier, la métaphore ne sert pas seulement à exprimer une vérité plus profonde, mais est aussi souvent une vérité littérale. C’est que la dystopie chez elle n’est jamais très éloignée de la réalité dont elle est une allégorie ou une re-présentation. Du reste, il ne suffit souvent que d’une simple re-description, comme celle de la France sous le ministère de l’intérieur de Charles Pasqua dans Les Damnés de Nanterre, pour faire ressortir la vérité dystopique du réel.
Est-ce une telle singularité qui a effrayé ? Cette détermination montellerienne à penser par elle-même, via les images ? Cette conviction que la bande dessinée puisse être autre chose que du bon divertissement (fût-il expérimental) ; qu’une bonne bande dessinée puisse s’aventurer sur le terrain du politique ?
Mais si la forme de l’exposition s’est imposée, qui plus est dans le contexte d’un centre d’art contemporain, c’est aussi que l’œuvre en bande dessinée de Chantal Montellier réclame une attention accrue à la forme comme aboutissement d’une réflexion critique. Fidèle au format du 48CC*, Chantal Montellier n’est pas une romancière graphique (bien qu’elle soit par ailleurs une romancière tout court), mais une artiste de la planche. Il est possible de passer à côté de son œuvre, pour peu qu’on ne soit pas sensible aux jeux savants des constructions, aux effets de rime et de symétrie, de mises en abyme multiples, bref à la dimension réflexive d’un travail qui en appelle à l’intelligence de celles et ceux qui le regardent plutôt qu’à leurs instincts consommateurs.
*Dans le jargon de l'édition, 48 CC désigne une bande dessinée de 48 pages, cartonnée et en couleur.

Chantal Montellier 10 S

Chantal Montellier 9 S

Qui a Peur de Chantal Montellier ?
Du 1er mars au 25 août 2024
Villa Arson
20 Avenue Stephen Liegeard, 06100 Nice
ouvert tous les jours sauf le mardi de 14h à 18h (jusqu'à 19h en juillet et en août)
Entrée libre et gratuite.
Exposition proposée sur une invitation d'Éric Mangion et organisée en partenariat avec l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Nancy.
La Villa Arson remercie les prêteurs, la Fondation Michel-Édouard Leclerc, la Galerie Huberty Breyne et le MAMCO Genève.

Chantal Montellier 8 S

Chantal Montellier 7 S
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