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place-garibaldiPLACE GARIBALDI NICE - Sur Internet, il y a beaucoup de débats. Parmi eux, sur un site dont j’ai oublié les références, pardonnez-moi, a été formulée il y a quelques semaines une question au sujet de la rénovation des façades de la place Garibaldi à Nice.

Oui, je le constate, cette rénovation trouble ou plutôt partage, et moi aussi.

Les bonnes raisons historiques et esthétiques, objectives donc, se pressent pour la soutenir. À une exception près, toutes les images de la place dont nous disposons – tout au moins celles du XIXe siècle, car le décor s’efface au XXe - nous montrent en effet les façades ornées de trompe-l’œil, identiques à ceux que nous voyons désormais. Pour autant, je comprends les réticences de tel internaute qui ne peut s’empêcher de voir, avec une modération de bonne aloi rare sur le Net, comme un air de carta-pista à ces décors pourtant exacts et remarquablement exécutés. Oui, nous sommes devant un déploiement théâtral, à l’instar de nombre d’ensembles urbains baroques, telle la place créée devant la façade de l’église Sant’Ignazio, à Rome. Mais ce qui gêne, sans doute, dans ce déploiement, c’est que le décor ne prend même pas la peine de se donner pour autre chose que ce qu’il est : une habile peinture, digne des toiles de fond de l’opéra.

Il n’y a pas là à chercher bien loin. Dans notre région, bien modeste, économiquement, où rares sont les vrais marbres dans les plus exquises églises et les plus délicats palais baroques, où l’on acquit un art certain de la contrefaçon esthétique faute de pouvoir s’offrir de l’authentique, voilà qui ne doit pas nous étonner. De ce point de vue, il faut admettre l’obsession ostentatoire du baroque, qui nous paraît aujourd’hui si étrangère.

Alors, je m’interroge. D’où vient le malaise ?

Selon l’auteur du billet en question, le trouble viendrait aussi du fait que cette place était devenue un espace populaire, ce qui est exact, et qu’en lui rendant sa solennité par ce décor, on la priverait de cette essence. Il est vrai que les espaces publics réglés et ornés, comme ces grandes places, sont des lieux d’expression du pouvoir, de la puissance et de l’Etat. Il n’est que de voir la piazza San Carlo, à Turin, ou la place Saint-Pierre, à Rome, pour mesurer combien cette logique exclut le peuple sinon comme spectateur, voire acteur, en tout cas certainement comme habitant. Notre place Victor – nom de ce lieu avant qu’elle ne soit dédiée à Garibaldi en 1871 – relevait de cette même logique et d’ailleurs les recensements des années 1820 montrent que logent ici la noblesse et la bourgeoisie niçoises. Ce sentiment de place « populaire » ne vient-il pas, plutôt, de sa fréquentation plus récente, fruit de son voisinage avec des quartiers réellement habités par les Niçois les plus modestes, le Port, Riquier, les rives du Paillon ? A moins qu’il ne s’appuie sur la nostalgie de l’enfance ou sur notre fragile « toujours » ?

De ce fait, il y aurait donc deux places, comme superposées : la place Victor, celle des bourgeois habitant les immeubles, et la place Garibaldi, celle des ouvriers buvant un balùchou au Café de Turin, celle du Politéama et de Nicéco. Et la rénovation d’aujourd’hui, à terme, tuerait la seconde au profit de la première. Le débat s’élargit alors à un phénomène européen : l’embourgeoisement des centres-villes, au sens le plus large, partout constaté. Vaste sujet, qui excède les limites de cette chronique.

Pour y demeurer, je noterai cependant ceci : en rendant à la piazza Vittoria son décor solennel, nous rappelons aussi que Nice, avant 1860, était déjà une ville belle, pas seulement par les grâces de la Nature, mais aussi par la volonté de ses souverains et l’orgueil de ses habitants, nobles et peuple mêlés. Une ville qui se regardait comme l’égal de sa capitale, Turin. Non pas un village de pêcheurs éveillé par la fée française. Une ville. Nicaea civitas.

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