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retraite-m-chappuisChapitre 21

Les lettres anonymes

Si vous avez raté le chapitre précédent...


13 juillet 1914. A huit heures du matin, M Chappuis entre dans l’auberge. Les deux gendarmes terminent leur café, képi posé sur une chaise à côté de la table.

— Ça continue, annonce M Chappuis d’un air morne !

— Il vous a menacé directement?

— Non, au contraire, il m’a laissé une nouvelle lettre dans laquelle, furieux que vous veilliez sur moi, il annonce qu’il va tuer, chaque jour, au hasard, une personne du village jusqu’à ce que je paye.

Dibagnette et La Busca se concertent. L’homme est probablement un peu fou mais surtout dangereux.

— Que comptez-vous faire cette fois-ci ?

M Chappuis baisse la tête. On sent que la décision lui coûte.

— Je n’ai pas d’autre solution : je dois payer.

Dibagnette demande alors à l’aubergiste Costa de faire prévenir le maximum de monde de cette décision. Il faut éviter un deuxième meurtre.

L’épicière, le boulanger, la postière, tout le monde relaie l’information. M Chappuis a cédé, M Chappuis va payer. Si les sondages existaient, M Chappuis s’apercevrait qu’il vient de perdre quinze points en une minute. Mais cela ne compte plus pour lui. Il désire sortir de ce cauchemar.

Malheureusement, le criminel ne doit pas écouter les rumeurs car le nouveau drame se produit vers onze heures du matin. La petite Baptistine, vieille femme au visage buriné par des années de soleil dans les champs, chaussée de bottines noires et coiffée d’un petit chignon qui retient un chapeau de paille aussi noir que sa jupe, sort de l’église où elle vient de se confesser. Un coup de feu claque. Une silhouette disparait rapidement et sans bruit dans les rues du village. Le tout n’a duré que quelques secondes. Par miracle, au moment du coup de feu, Baptistine venait de se baisser pour rattraper son mouchoir qui venait de glisser de l’intérieur de sa manche où elle le tenait habituellement. Elle n’a qu’une petite éraflure et la balle s’est fichée dans la porte de l’église.

La décision est prise, la rançon sera remise le plus vite possible.

Une nouvelle lettre, glissée sous sa porte, attend M Chappuis à son retour.

Il doit déposer les dix mille francs, toutes les économies qu’il possède à la poste, sous une pierre posée derrière l’oratoire construit sur le chemin qui mène à la chapelle Saint-Eloi, la plus éloignée du village.

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Dessin de Henri Capra
Le soleil commence à descendre derrière les montagnes lorsque M Chappuis arrive près du petit monument.

Il ne sait pas que, discrètement, Jean Dibagnette et La Busca ont placé, tout autour, un dispositif invisible avec leurs collègues, arrivés en renfort de tout le Canton. D’autres gendarmes sont disposés plus bas, sur la route qui mène à la ville, et sur les chemins au dessus du village qui permettraient de s’enfuir par la montagne. Tous ces hommes sont nés au pays et tous sont chasseurs dès que leur service le permet. Ils connaissent chaque parcelle de terrain. Le tueur ne peut pas plus leur échapper qu’un chamois lors d’une battue.

Onze heures, minuit, le temps passe. M Chappuis a froid en attendant le résultat de la traque dans l’auberge. Au petit matin, Dibagnette fait lever le dispositif. Les chasseurs-gendarmes sont déçus.

Il se rapproche, avec La Busca du petit oratoire et récupère l’argent. Pas un billet ne manque.

Jean Dibagnette est désorienté.

Jusque là, tout semblait parfaitement logique.

D’une logique de fou, certes, mais d’une logique villageoise, épaisse et terre à terre.



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