inset identite

 

nice-marche-aux-fleursOn a de Nice une image tranquille. Bien sûr, les médias nationaux nous associant à la vieillesse fardée et à la mort, il ne saurait y avoir ici d’éclats. Mais ce sentiment est aussi fort ancré dans l’esprit des Niçois indigènes de multiples origines et autant de sensibilités. A croire que tout s’est conjugué pour ôter de notre paysage mental la brutalité soudaine de notre climat, l’âpreté de nos terres, la cruauté de nos paysages, sauvages et vides. Il est vrai qu’avec le XIXe siècle, il y avait là un vrai enjeu économique. Pouvait-on prendre le risque d’effrayer la lady anglaise et le milliardaire américain, voire le boyard russe, avec des gouffres précipités, des tempêtes soudaines, des mœurs étranges et bien peu policées ? Certainement pas. Et l’on voit alors concurremment fleurir cette première Ecole de Nice, celles des paysagistes et aquarellistes des années 1830-1880, les Trachel, Costa, Fricero, Guiaud, qui nous montrent à plaisir une Nature exotique et paisible, à peine traversée d’un paysan monté sur son âne, au milieu d’un cirque de verdure qu’on imagine silencieux et parfumé, au bord d’une mer plate et azurée. Et quand ils se risquent à nous montrer la ville, c’est pour n’y faire surgir, incidemment, qu’un ou deux habitants, au coin d’une rue, au point qu’on se demande s’ils ne prenaient pas plaisir à poser leur chevalet très tôt le matin pour éviter d’avoir à représenter trop de figures humaines.

De fait, l’impression qui se dégage de ces représentations est celle d’une sérénité absolue, qui écarte toute passion, tout déchirement, toute profondeur, et en conséquence, toute humanité. L’idée, bien plate, d’une sorte de paradis.

Il en va de même pour la musique. Cette musique traditionnelle dont bon nombre d’entre nous connaît les refrains, Parpaioun maride-ti, Lou tint dòu moulin, Lou roussignòu que vola, ne sont que des comptines ou, au mieux, des bluettes. Pour une Calant de Cimies où pointe la tragédie, combien de Festin de li verna et autres douces fadaises, quand on ne se laisse pas aller à la grossièreté ou au sous-entendu graveleux, propre à déclencher les sourires gênés ? Le tout sur des rythmes bien policés, polkas, valses et mazurkas, typiques d’un XIXe siècle où toute culture populaire semble se figer et ainsi, mourir.

D’où vient ce sentiment qu’il y eut un continent caché, un monde de sauvagerie que tout, dans le climat et dans la culture méditerranéenne, poussait à exister ici aussi, et qu’on a silencieusement glissé sous le tapis ? En son absence, il y aurait chez nous comme une anomalie, quand on songe à la violence profonde des tarentelles napolitaines, des saetas valenciennes, de la pizzica salentine dont les Nux Vomica ont récemment fait l’expérience. Les rivages de la Méditerranée sont ceux de la tragédie ensoleillée, du sang de la vengeance abondamment répandu, de l’honneur infroissable et de la fierté fortifiée, partout, de l’Aurès à l’Albanie, du mont Carmel à la Girolata. Et chez nous, dans cet étroit triangle formé par le Var, la Roya et le Mercantour, rien de tout cela, que du calme, du doux, du bonheur parfumé. A peine entend-on, en fond, le rythme sourd des tambours accompagnant le fifre, comme contenus, et l’écho brutal des voix de montagnards remis à l’honneur depuis quelques années seulement par le Còrou de Berra. Sinon, rien. Le ciel bleu, le zéphyr, la mer turquoise et les oeillets.

Et puis je tombe sur une photographie. Vous la trouverez dans un de ces innombrables ouvrages de cartes postales et photographies anciennes, tous semblables sous un nom à peine variable, Nice d’hier, Nice d’Antan, Nice du passé. Elle est un portrait de groupe, des revendeuses du marché du Cours. Des peaux tannées et ravinées, des vêtements bariolés, des profils d’aigle, des yeux noirs et aigus. On dirait des Apaches Mescaleros. Et ces femmes-là, nos arrière-grands-mères, aimaient-elles la bluette ?

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