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nice-ste-reparate-182Il y a des gens que la montagne gagne. Il y en a d’autres à qui la tradition parle, mais parfois, on ne comprend pas bien ce qu’elle dit. C., un de mes chers et vieux amis me faisait remarquer que c’était le cas pour la Sainte-Réparate, et me suggérait d’y revenir dans ces lignes. Il a raison, j’y viens.

La fête et la procession de la Sainte-Réparate se déroulent, selon le calendrier catholique et le calendrier propre du diocèse de Nice (chaque diocèse doit respecter le calendrier général de l’Eglise mais dispose aussi d’un calendrier particulier, tenant compte des célébrations locales et notamment des saints du cru), le 8 octobre de chaque année. A cette occasion, la procession emprunte un parcours bien précis, chargé de sens, que j’ai envie de rappeler.

Le matin de la fête, la barque portant l’effigie de la sainte attend l’arrivée des fidèles, représentés par les confréries de pénitents, devant l’église Saint-François-de-Paule. Rappelons que, selon la tradition, c’est au fond d’une barque que le corps de la sainte martyre arriva à Nice, provenant de Palestine, hâlée par des anges. Le stationnement de son « véhicule » dans cette rue est donc lié à sa proximité avec le rivage, signifiant aux fidèles que c’est de la mer qu’arriva la nouvelle religion, en fait incarnée plus probablement par des voyageurs, des soldats et des marchands apportant avec eux, de Palestine ou de Rome, les nouveaux dogmes. Quant à la proximité de l’église, elle est liée au fait qu’une procession va « d’une croix à une autre », et non à un lieu en rapport quelconque avec la sainte.

La procession rejoint ensuite la rue de la Préfecture, où elle entre à hauteur de la place du Palais. Fictivement, elle suit ce faisant le chemin qui conduisait à la porte ouverte ici dans les murailles de la ville basse médiévale, la porte Saint-Eloi, laquelle porte se prolongeait par un des principaux axes de la cité, la rue Celleya (aujourd’hui rue de la Préfecture, donc). Venant du Pré-aux-Oies, on ne pouvait entrer en ville que par cette porte.

Le cortège remonte ensuite la rue de la Préfecture jusqu’à l’intersection de la rue Droite. Cette lente montée devrait en fait conduire jusqu’au sommet de la colline du Château, où se trouvait la ville haute médiévale, la cité censée avoir accueilli le corps de la sainte en premier. Sa destruction au XVIe siècle, puis celle du Château au XVIIIe, ont rendu cette montée sans objet. Toutefois, en la suivant en partie, le parcours rappelle leurs existences.

Emprunter la rue Droite n’est qu’une nécessité de liaison. En revanche, descendre ensuite la rue Rossetti jusqu’à la cathédrale rappelle le transfert de cette même cathédrale, au XVIe siècle, de la colline du Château jusqu’à l’église Sainte-Réparate, désormais siège épiscopal.

Ainsi, au-delà des convictions de chacun, le trajet de cette procession a une vocation pédagogique. Il rappelle –ou il apprend- à ceux qui le suivent la géographie d’une Nice ancienne et aujourd’hui largement disparue et relie chaque fois qu’il est repris le passé au présent, inscrivant la cité dans une longue histoire et non dans l’immédiat de nos fragiles vies d’hommes.

Manquent aujourd’hui à la grande tradition deux épisodes. A son arrivée, le cortège trouvait porte close. Il fallait heurter le vantail qui alors s’ouvrait, symbole de la force créative de la nouvelle religion, forçant l’entrée de l’Empire et érigeant ses nouveaux temples. Et au moment de l’entrée de l’effigie dans l’église retentissait hautement l’acclamation générale, en niçois : « Santa Reparata ! » proclamait l’évêque et son clergé. « Viva ! Viva ! Viva ! », répondait la foule, cris symboles de l’union et de la conviction des fidèles autour de leur protectrice.

 

 

 

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