inset identite

 

nabokov-le-donDans une précédente chronique, une des premières, je me trouvais marqué par le destin quand, à l’occasion de quelques voyages méditerranéens, je tombais sur tel souvenir lié à l’histoire des Savoie. C’est un peu près le même sentiment qui m’a envahi récemment, avec des conséquences probablement plus vastes car il fut suscité par des éléments bien plus universels : des livres dont les auteurs font figure de dieux au Panthéon de la littérature mondiale et qui sèment le nom de Nice dans toutes les langues, sur toute la planète.

Vous me direz : il est normal que Nice figure sous leur plume, puisque ces deux hommes y séjournèrent. Certes, encore qu’on ne parle pas forcément de tous les lieux où l’on séjourne, même quand on est écrivain. Moi, par exemple pris au hasard, je ne vous raconterai pas mes vacances à Ambleteuse (Pas-de-Calais) en 1974 ou 1975, encore qu’il y en aurait des choses à dire. Et puis, je ne suis pas écrivain. Si donc un écrivain ne parle pas forcément de tous les lieux où il passa, c’est que Nice possède un charme particulier, au sens de sortilège, qui fait qu’on ne peut l’omettre. Ce doit être ça, oui.

Or Anton Tchekhov et Vladimir Nabokov parlent de Nice dans certains de leurs écrits.


Pour Tchekhov, on feindra l’assurance. Evidemment, avec toutes les plaques commémoratives qui rappellent, ici, qu’il y séjourna, rien d’étonnant à ce qu’il parle de nous. De fait, ce n’est pas (à ma connaissance) dans son théâtre que nous nichons : c’est dans ses nouvelles, deux d’entre elles au moins. Dans l’une, Le Duel, il évoque la qualité des chercheurs de la station biologique de Villefranche, comparable seulement, en 1891, à ceux de Naples. Dans l’autre, d’un mot, il rappelle les destins défaits, ici, par les casinos, et les ravages que leur fascination causait dans l’aristocratie russe.

Pour Nabokov, la chose paraît moins évidente. Tout d’abord, j’ignorais son passage dans notre région puisque –toujours à ma connaissance- aucun hommage public ne lui est rendu. Par ailleurs, depuis la lecture du Don, je professe pour son style une admiration que n’égale, dans ma bibliothèque personnelle, que la plume de quelques auteurs : Chateaubriand, Toni Morrisson, Luigi Pirandello, Erri De Luca, Claude Simon, et sans doute d’autres que j’oublie. Il faut vous dire que ma bibliothèque, en esprit, est divisée en deux grands mondes : celui des stylistes et celui des conteurs. Souvent, les récits des stylistes sont de peu d’intérêt, mais d’une forme incomparable ; souvent la forme des conteurs est prise en défaut, mais leurs récits émeuvent. Or donc, puisque Nabokov est, pour moi, d’abord un styliste, je me suis étonné de lire sous sa plume, dans Le don, deux évocations de Nice et de la Côte d’Azur. Bien sûr, elles sont brèves. Elles n’ont pas de portée absolue. Elles ne montrent que deux dimensions de notre image : Nice, lieu de rencontres entre Russes aisés ; Nice, lieu de perdition pour les portefeuilles et les âmes.

A ce compte-là, nous qui, familiers de cette ville, connaissons, vivons et aimons tant d’autres de ses aspects, nous voici pris dans un  piège infernal.

Nous pouvons nous réjouir que notre ville et son territoire d’imaginaire, la Côte d’Azur, voire la French riviera, puisse ainsi continuer à figurer dans tous les rêves du monde, par la plume élégante et crue d’auteurs révérés.

Mais nous pouvons aussi regretter que l’image de Nice, dans ces récits magnifiques, soit à ce point univoque, et qu’elle n’offre, pour toute rémanence, dans tous les esprits curieux des lecteurs de cette planète, que celle d’une ville corrompue, factice et destructrice.

Allez donc changer ça, si Tchekhov et Nabokov l’ont écrit !

 

Le duel et autres nouvelles, Anton Tchekhov, Folio ; Le don, Vladimir Nabokov, Folio.

 

 

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