inset identite

 

le-guepardIl y a trois ans de cela, j’étais en Sicile avec ma famille. C’était l’été. A l’hôtel-club où nous résidions, près de Cefalù, utilisant ce langage universel qui est l’apanage des enfants, A., ma fille, devint très vite copine avec une petite Sicilienne brune, la peau mate, une splendide incarnation de la beauté méditerranéenne et juvénile. Et nous sympathisâmes avec Rosario, son père.

Il travaillait dans l’administration de la région Sicile, à Palerme, qui est logée dans un magnifique palais baroque. Sensible à l’intérêt, voire à l’amour que nous manifestions pour sa patrie, il nous proposa bien vite de nous faire visiter ce palais, et nous acceptâmes.

Le palais est magnifique, certes, mais je n’écris pas ces lignes pour publier un énième guide touristique.

En revanche, il nous ouvrit le saint des saints, le bureau du président de la région. Et derrière le fauteuil du président, sur le mur, trône une œuvre d’art contemporain, à vrai dire assez criarde, qui porte comme en bandoulière cette phrase (sans doute adressée aux visiteurs, en forme d’avertissement) : « Ils étaient venus nous enseigner les bonnes manières. Ils ignoraient que nous sommes le sel de la terre ». « Ils », ce sont les Anglais ; « Nous », ce sont les Siciliens. Et toute la phrase est prononcée par le prince Salina, dans le roman comme dans le film, Le Guépard.

Le Guépard est pour les Siciliens un manifeste d’orgueil et de désespoir qu’ils adressent au monde. Les plus érudits en parsèment leur conversation, et tous, nous en connaissons au moins un autre extrait, ce constat de la vanité de l’action et de la puissance des longues histoires : « Afin que rien ne change, il faut que tout change ».

Le Guépard, c’est aussi « mon » Guépard.

Je fais volontiers miennes les grandes maximes qui ponctuent les échanges politiques entre les personnages, et le détachement progressif du prince.

Je suis ébloui par le souci maniaque d’authenticité manifesté par Visconti, dont on sent bien que les origines aristocratiques, quoique lombardes, jouaient un grand rôle dans la véracité des personnages, des situations et des pratiques.

Je reste médusé devant la sombre beauté d’Angelica, sauvage aussi, telle que l’incarne Claudia Cardinale.

J’apprécie la justesse des caractères de la princesse, de don Ciccio Tumeo, du Père Pirrone, de don Calogero Sedara, et la tourbillonnante et froide vitalité de Tancrède Falconieri, un Alain Delon au sommet de sa puissance évocatrice.

N’oublions pas un personnage majeur : la Sicile tour à tour brûlante, capiteuse, desséchée, glacée.

Il y a aussi la politique.

En octobre 1860, les autorités de Turin organisèrent un plébiscite en Sicile, pour signifier l’accord des populations locales au processus d’unité. Dans Le Guépard, on voit aussi le scrutin organisé à Donnafugata, bourg où vit provisoirement la famille du Prince. La séquence qui en montre les phases est particulièrement claire : population défilant derrière le drapeau tricolore, bulletins « Si » au chapeau, vote sans isoloir, ralliement des élites, proclamation du résultat, bien sûr absolument unanime (pour toute l’île, 432.720 votants, 432.053 oui, 667 non).

Ah ! Comme on savait bien les organiser, les plébiscites, en 1860 !

 

Le Guépard, film italien de Luchino Visconti, 1963.
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