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Je vous l’ai dit, je crois, il y a bien longtemps (huit mois !) : le rapport des Niçois à la mer ne cesse de me fasciner.

Aujourd’hui, de cette mer, nous maîtrisons quasiment tous les paramètres.  Connaissance cartographique des rivages et des périls, prévision météorologique à peu près exacte et complète, support technologique par satellite, moyens de navigation embarqués efficaces, moteurs et barres contrôlés, alimentés, entretenus, catalogage des vents et des courants sont d’usage quotidien. Mais cet acquis est récent, à peine séculaire. Pendant plusieurs millénaires, en revanche, prévalut le danger, l’incertitude, la crainte et au bout, parfois, le naufrage et la mort.

L’ouvrage que Pascal Arnaud, éminent enseignant de l’université de Nice-Sophia-Antipolis, consacre à la question des routes de la navigation antique est une leçon qui paraît ne porter que sur un temps limité et lointain. Elle prévaut encore longtemps et sa rémanence s’impose, encore, parfois, aujourd’hui.

Il s’agit bien sûr, pour l’auteur, de recenser les techniques, les moyens et les connaissances dont on dispose, en gros, avant notre ère, pour se déplacer en Méditerranée. Largement fondés sur l’empirisme, ces techniques, ces moyens et ces connaissances reposent sur le long apprentissage, génération après génération, des voies maritimes et des saisons les plus propices au voyage en mer, donc à l’exploration, au commerce, à la guerre et à la piraterie.

arnaud-routes-navigationQuoique ne disposant que d’informations fragmentées par groupe politique et culturel (Phéniciens, Egyptiens, Minoens, Grecs, Carthaginois, Latins, etc.), les Anciens avaient fini par comprendre que le vent dominant, en Méditerranée, est le vent d’ouest. Un vent capricieux, brisé et retourné par les îles et les sinuosités des côtes, mais dominant. Un vent dont nous connaissons, ici, les deux formes les plus accentuées, le mistral et le labech.

Ceci posait d’infinis problèmes, notamment pour les liaisons nord-sud (ou sud-nord) et les liaisons est-ouest, les premières étant frappées par le travers, et les secondes de face. Et même quand on naviguait d’ouest en est, la puissance du vent pouvait avoir des conséquences tragiques.

Deux exemples parsèment une histoire bien postérieure à l’Antiquité.

Le 9 avril 1569, une imposante flotte de galères espagnoles fit relâche dans la rade de Villefranche. Elle se rendait d’Italie en Espagne pour combattre le soulèvement morisque en cours dans l’ancien royaume de Grenade. Le 19 avril, au débouché de la vallée du Rhône, le mistral se leva, avec une telle force que toute la flotte fut jetée, en vrac, vers l’est. Jusqu’au 23, la plupart des galères vinrent s’échouer sur les côtes occidentales de la Sardaigne. Et deux se retrouvèrent sur la plage d’Agrigento, en Sicile, ou celle l’île de Pantelleria !

En octobre 1807, Châteaubriand voulut se rendre d’Alexandrie à Tunis. Hélas, pas moyen pour le petit voilier qui le transporte de remonter au vent d’est en ouest. Le voilà donc contraint de partir vers le nord. Le vent d’ouest persistant le déroute vers Chypre et, lentement, en zigzaguant sans cesse le long des côtes d’Asie mineure, puis de Rhodes, de Crète, du Péloponnèse, d’Italie méridionale et de Sicile orientale, notre voyageur parvient enfin à son but. Il avait prévu cinq jours de navigation. Ce périple lui prit cinq semaines.

Lui qui avait une citation pour tout, savait-il qu’il empruntait ainsi la voie maritime la plus commune du commerce antique entre la Grèce et l’Egypte ?

Décidément, à l’échelle de l’Histoire, le sens du vent ne change pas.

 

Les routes de la navigation antique : itinéraires en Méditerranée, Pascal Arnaud, Errance, 2005.

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