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retraite-m-chappuisChapitre 7

Le pressenti d’un nouveau malheur

Si vous avez raté le chapitre précédent...


M Chappuis fut réveillé par le tic tac de la pendule qui prit de la vigueur comme s’il venant de recevoir une recharge de temps. Anna continuait son sommeil paisible.

La chambre devint plus nette, avec sa fissure en forme de cape de berger qui traversait le plafond. Encore Albert ? Dans l’angle, un énorme portemanteau se dressait tel un chêne truffier.  Un instrument qui devait servir à enlever les bottes de cavaliers en les agrippant par le talon, appareil en fer démodé, avec la forme de cet insecte que l’on nomme lucane cerf-volant, guettait sous un fauteuil revêtu d’une housse en tissu orange. Une armoire en noyer, obèse, aveugle, droguée à la naphtaline, frôlait un panier de lingère en osier, de forme ovoïde, tapissé à l’intérieur d’un drap de chanvre. Des objets variés étaient suspendus au hasard sur les murs recouverts d’un papier peint bleuâtre décoré de minuscules fleurs blanches. M Chappuis découvrait successivement une pendule, celle qui l’avait réveillé, un placard à pharmacie légèrement fendu, un très ancien baromètre qui ne donnait plus que le temps révolu dont il se souvenait, une aquarelle d’un lac de montagne dans les Alpes, une photographie, légèrement trouble, où l’on apercevait un homme en guêtres de cuir sur un cheval tenu par un valet devant une véranda, avec, sur les marches, des serviteurs aux visages figés, une autre photographie pâle représentait des visages d’inconnus qui peut-être se contemplaient ici depuis des années sans s’être jamais rencontrés et enfin, plus loin, des edelweiss duveteux, prisonniers d’un verre poussiéreux enchâssé dans un cadre ovoïde…

La pauvreté du mobilier disparate, qui ne témoignait d’aucune sensibilité particulière conférait à cette chambre une apparence curieuse d’abandon.

Seuls le bassin de chambre, et le lit en noyer massif vernis sur lequel s’était assis M Chappuis, en chemise de nuit à col brodé, ses pieds nus et froids reposant sur le plancher inégal d’où montait un léger froid, prouvaient que des êtres pouvaient y passer la nuit.

chappuis-chap-7-le-pressentiSes doigts de pied remuèrent afin de trouver une paire de pantoufles, puis, enfilant une robe de chambre aussi grise que le matin, il franchit les lattes grinçantes du plancher jusqu’au milieu de la pièce, garni d’un tapis élimé.

Il frissonnait. Il se trouvait là, étranger, au milieu de ces vieilleries.

Lorsque, plus tard, il se souvint de cette matinée, il lui sembla qu’en se levant il avait ressenti, dans son esprit et dans ses membres, une lourdeur inhabituelle, si bien que le malheur qui devait arriver plus tard dans le village, ce meurtre absurde et imprévisible, prit rétrospectivement l’apparence d’un bubon qui aurait enfin éclaté.

N’avons-nous pas tendance à attribuer au passé immédiat une sorte de réseau invisible qui le rend solidaire du présent vécu. Nous nous retournons pour regarder derrière nous, certains que la route que nous découvrons est celle qui nous conduit vers la tombe.

Telles n’étaient pas les pensées de M Chappuis qui, incapable de comprendre autre chose que l’ordre administratif, confondait ces sentiments diffus avec un besoin de petit déjeuner qui le fit s’habiller sans faire de bruit.
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