inset identite

 

bolognaiseNICE CUISINE NIÇOISE - Rassurez-vous, je ne me lancerai pas ici dans l’énoncé d’une recette, de celles qui font l’essentiel des débats sur notre culture, souvent, et qui donnent lieu à la publication de tant d’ouvrages (d’autant que tous ces livres ne servent à rien puisqu’il est bien connu que la meilleure cuisine niçoise est celle de ma mère) (ah bon ? De la vôtre aussi ?).

Non, c’est très sérieusement que je viens ici, par le biais des pâtes, vous faire part du constant trouble identitaire qui m’habite et qui, vu de l’étranger et face à d’autres Français, me fait m’interroger sans cesse : mais où vis-je donc ? En France ou non ?

C’était dans un de ces hôtels-villages-clubs, paradis des parents décidés à profiter de la plage sans se transformer en animateurs de baignade ; c’était en Italie, mon paradis à moi. Chaque jour, pour déjeuner ou pour dîner, dans une chaleureuse ambiance proche de la cantoche, nous éprouvions, parents et enfants, cette éblouissante sensation de liberté qui consiste à choisir, le long de buffets pantagruéliques, les associations de mets les plus inédites. Puis nous regagnions notre table où, souvent, par la volonté de la direction en charge de notre bonheur de renforcer encore la convivialité, nous partagions notre repas avec d’autres vacanciers, souvent français. Et quand je dis Français, je ne parle pas d’Antibois ou de Marseillais. Non, plutôt d’habitants de Roanne, de Tulle, de Bapaume ou de Langres.

Au bout de quelques repas, je discernai bien un malaise (dont j’appris ensuite à me jouer). Puis, enfin, la question vint : « Mais vous ne mangez rien avec vos pâtes ? ». Je ne me rappelle plus si cette question venait de Bergerac ou de Sablé, mais j’avoue que, passée la surprise puis l’incompréhension, je vis s’ouvrir devant moi l’abîme culturel qui me sépare des autres Français. Car dans la composition du repas, comme je l’ai toujours vécue à la maison, chez moi, à Nice, quartier de Riquier, (et tout autant parce que c’est bien pratique pour nourrir les enfants), après les hors d’œuvres et précédant la viande avec son accompagnement vert, vient, souvent, un bon, un succulent, un abondant plat de pâtes, des penne, ou des farfalle, ou des rigatoni, ou des conchiglie, voire de simples spaghettis, avec de la sauce parfumée, du parmesan, et/ou des olives, ou de la viande hachée, ou des sardines en menus morceaux, ou des perugine, voire simplement du beurre en abondance. Un plat en soi, délicieux et nourrissant.

Point n’était-ce l’opinion de mes commensaux. Car, m’expliquèrent-ils, pour eux, les pâtes, c’est un accompagnement, comme les frites ou les haricots verts. Mais un plat en soi ! Non, ce n’est pas assez… bon, me dirent-ils, avec l’air de commisération d’une fine gueule s’adressant à un Tartare.

Les pâtes, un accompagnement ? Mais où vis-je donc ?

C’était aussi dans un de ces mêmes lieux, ensoleillés, conçus pour l’insouciance, en Sicile. Sourcilleusement inquiète de la bonne information de sa clientèle, la direction organise toujours, au premier matin du séjour, une présentation du club, de la région et de ses spécialités. Refusant de me singulariser, je me fais un sarcastique devoir de m’y rendre. La charmante jeune femme –française - préposée à l’opération, ce jour-là, finit ainsi son discours : « Ah ! J’oubliais. N’oubliez pas de vous procurer cette délicieuse liqueur, à base d’écorce de citron, que vous ne trouverez pas en France. Frais, cela fait un délicieux digestif. Cela s’appelle du li-mon-sel-lo » (avec l’accent tonique sur le o, bien sûr).

Ah bon, le limoncello, ça ne se trouve pas en France ? Mais alors le liquide que je vois et que je bois depuis trente ans à toutes les terrasses, dans toutes les caves et sur toutes les tables de Nice et de sa région ne serait pas du limoncello ? Ou alors, Nice ne serait pas en France ?

Mais où vis-je ? Et que suis-je ?


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