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Dictionnaire historique et biographique

GABELLE DU SEL


Auteur :
Alain VENTURINI et Michel BOTTIN

La gabelle est mentionnée pour la première fois en 1223, dans le testament de Raimond Chabaud, puis en 1225, dans les Statuts de Nice. Dans les deux cas, les mentions sont peu explicites. L'enquête domaniale de Charles Ier d'Anjou (1251) permet de vérifier que « gabelle » est le mot en usage pour signifier toutes sortes de taxes perçues. Aussi devrait-on en fait préciser : « gabelle du sel », « gabelle du fustet », « gabelle des poissons », etc. Mais la plupart de ces gabelles sont administrées conjointement (avec aussi le droit de rivage), si bien que l'on peut parler collectivement de la gabelle. En fait, les distinctions entre gabelles n'ont quelque importance que lorsque ces droits sont exploités en régie, sous Charles Ier d'Anjou ou par intermittence au XIVe siècle. Cependant, même alors, la gabelle du sel éclipse par son importance tous les autres droits. Dans la forme « aboutie » que lui donne Charles d'Anjou, la gabelle du sel fonctionne comme un double monopole d'achat (aux producteurs) et de revente (aux particuliers pour leur consommation ou aux marchands qui emporteront le produit vers des destinations plus ou moins lointaines)

Nice et sa région immédiate n'ayant pas de salines, la gabelle niçoise a toujours été une gabelle « secondaire », ou, si l'on préfère, une gabelle de redistribution. Du temps du consulat, les sources d'approvisionnement sont peut-être les salines de l'étang de Berre et, à coup sûr, celles d'Hyères. Quant à la clientèle, à en juger et par le testament de Raimond Chabaud et par le fait que les Niçois contrôlent toute la côte entre le Cap d'Ail et l'embouchure de la Brague, la gabelle ravitaille sans doute, outre Nice et son évêché, Vence, Grasse et leurs évêchés. Il est également possible qu'elle alimente l'évêché de Glandève. En outre, les Niçois participent à l'approvisionnement de la Ligurie voisine. Mais il n'est pas encore question d'approvisionnement direct du Piémont

La victoire de Raimond-Bérenger V ne change pas grand-chose. Les modifications importantes sont l'oeuvre de Charles d'Anjou. Des modifications négatives tout d'abord : vers 1259, le comte instaure une gabelle particulière à Grasse ; vers la même date peut-être, il rattache directement la bailie de Puget-Théniers à la zone de distribution de la gabelle d'Hyères. En contrepartie, la gabelle de Nice se voit chargée de l'approvisionnement en sel des cités piémontaises gagnées à Charles Ier à partir de 1259. Faisant suite à la mainmise sur une bonne partie du comté de Vintimille (1257-1258), les accords avec les villes piémontaises doivent permettre à Nice de se substituer à Gênes pour le ravitaillement de ces régions, à la fois parce que les tarifs offerts sont avantageux et parce que les conditions politiques pèsent sur les choix. En contrepartie, Nice va perdre officiellement le marché génois, la république ligure finissant par chercher hors de Provence le sel nécessaire à ses territoires. Néanmoins, l'écart sans cesse croissant entre le prix du sel à Nice (fixé statutairement tant pour les Niçois que pour les forains) et celui pratiqué par Gênes va amener le développement d'une intense contrebande. Dans le premier tiers du XIVe siècle, si le marché piémontais absorbe un tiers environ du sel redistribué par Nice, une quantité égale, voire supérieure, part en fraude vers le territoire génois. Cette contrebande ne se tarit plus ou moins que lorsque Gênes accepte de nouveau de s'ouvrir au sel provençal, de 1353 à 1357 et, plus faiblement, dans les années 1360

Si la contrebande avec la Ligurie peut se faire à la fois par voie de terre et par voie de mer, l'approvisionnement du Piémont ne se fait que par voie terrestre. Initialement favorisé par la mainmise directe de Charles d'Anjou sur la route de la Roya et sur le col de Tende, il lui faut ensuite s'adapter, quand les comtes de Tende s'émancipent et se montrent à l'occasion franchement hostiles aux Angevins. Un itinéraire de remplacement est alors cherché par la vallée de la Vésubie (ou Val de Lantosque) et le col de Fenestre (éventuellement celui de Cerise) : Saint-Martin[-Vésubie] y gagne un rôle d'étape. Ce commerce est intense : à son apogée, vers 1330, il porte sur environ 8 000 oulles, soit quelque 960 tonnes, de sel. Chaque animal de bât pouvant porter une charge d'environ 100 kg, il faudrait donc 9 600 bêtes pour l'assurer, si chacune d'elles ne pouvait effectuer plusieurs rotations. Ces échanges sont vitaux pour Nice, car les marchands piémontais ou lombards ne viennent pas à vide, mais apportent à la ville des grains et des métaux qui lui font défaut. Aussi ce trafic résiste-t-il vaille que vaille aux vicissitudes de l'implantation angevine en Piémont. S'il périclite à chaque fois que Coni/Cuneo, point-clé de la présence angevine, est perdue ou malaisément accessible (ce qui entraîne une chute du tiers au moins des revenus de la gabelle), il repart dès que la ville est de nouveau librement accessible

Coni ayant été cédée par Louis Ier d'Anjou au comte de Savoie Amédée VI, Nice peut craindre pour son avenir commercial et, de fait, nous voyons la ville chercher à obtenir de Charles III des compensations dans le royaume de Sicile. De ce point de vue, sa dédition à la Maison de Savoie règle favorablement la question piémontaise et la gabelle du sel retrouve rapidement son rôle un moment menacé. La seule différence (notable !) est que l'approvisionnement en sel d'Hyères n'est plus aussi automatique que par le passé. Les gabeliers doivent se tourner vers d'autres lieux de production, notamment Ibiza. Cela amène une révision à la hausse du prix du sel. La question du libre accès au col de Tende n'ayant pu être durablement réglée par les nouveaux souverains, la route muletière de la Vésubie garde toute son importance. Les années 1430-1450 sont marquées par l'établissement de plusieurs projets visant à améliorer les relations entre Nice et Coni via le Val de Lantosque : à ces efforts demeure attaché le nom du gabelier Paganino del Pozzo. En 1514, le trafic porte sur l'équivalent de 2500 oulles d'Hyères, soit 300 tonnes, mais on espère alors le doubler à brève échéance

Après l'annexion du comté de Tende aux Etats de Savoie (1581), le chemin du sel emprunte librement la route de la haute Roya rendue progressivement carrossable. Le rattachement de la Sardaigne en 1720 modifie la nature de l'activité. Une partie de l'importante production de sel de l'île est écoulée par Nice et Villefranche vers le Piémont et la Savoie via la « route du sel ». Mais le Comté de Nice doit aussi en absorber sa part, ce qui oblige les habitants à acheter des quantités nettement supérieures à leurs besoins. Cette situation, jointe à la mauvaise surveillance des magasins, alimente une très importante contrebande de faux-sel vers la Provence. A partir de la Restauration, la baisse du prix du sel français inverse le sens de la contrebande, moins vers le Comté, où le prix était modéré, que vers le Piémont, où il restait élevé. Le durcissement des contrôles douaniers sardes à la frontière du Var-Estéron est marquée par l'épisode sanglant de la sau dou Broc - le sel du Broc - du 7 septembre 1751. Ce jour-là les douaniers embusqués sur le pont de la Madeleine, futur pont Charles-Albert, font feu sur une colonne de paysans de la vallée de la Vésubie, chargés de sel français, faisant six morts.

Bibliographie :
Venturini A., « La gabelle du sel de Nice (XIIIe-XIVe siècles) », dans Recherches régionales, Côte d'Azur et contrées limitrophes, 1983, p. 203-221. ‚
Boyer J.-P., Hommes et communautés du Haut Pays Niçois médiéval. La Vésubie (XIIIe-XVe siècles), Nice, 1990, p. 196-202 et 209-218.

  

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