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FRANCE DE NICE ET DU SUD-EST (LA) |
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1926-1930
Auteur : Yvan GASTAUT Quotidien lancé sur la Côte d'Azur en février 1926, La France de Nice et du Sud-Est ne manque pas de singularité. De tendance radicale à l'image de son directeur Albert Dubarry, sa stratégie est de faire concurrence aux deux incontournables quotidiens que sont L'Eclaireur de Nice et du Petit Niçois* en s'opposant aux notabilités politiques tel Jean Médecin, en dénonçant les corruptions des municipalités en place, en révélant divers scandales mais surtout en excitant les tensions entre fascistes et antifascistes italiens particulièrement vives dans le département. Violemment polémique, sachant capter les velléités d'une partie de l'opinion niçoise, La France de Nice et du Sud-Est s'adjuge entre 1926 et 1928 un succès incontestable, dépassant même le seul cadre local. Cette notoriété, le journal la doit surtout à sa pagina italiana, page quotidienne rédigée en italien. Bien plus qu'une simple source d'informations pratiques destinée à l'importante population italienne de la Côté d'Azur, la pagina italiana devient rapidement une tribune politique pour les fuorusciti, exilés politiques fuyant le régime de Benito Mussolini. Soucieux de réaliser une belle opération médiatique et une juteuse affaire financière, Albert Dubarry propose la direction de cette page à l'une de ses connaissances, Luigi Campolonghi, président de la LIDU (Ligue Italienne des Droits de l'Homme) exilé en France entouré de noms illustres de l'opposition italienne comme Pietro Nenni, Aurelio Natoli, Alceste De Ambris ou Gaetano Salvemini. Relayée par les articles d'investigation des journalistes niçois notamment Edouard Peguilhan ou Gustave De Caunes, cette page italienne fait scandale, cristallisant peurs et passions autour de ses enquêtes et prises de position. Réquisitoires incessants contre la politique du Duce, mise en garde contre les agents provocateurs, publication de listes de personnes soupçonnées d'accointances avec les fascistes, révélation de scandales comme l'affaire Riciotti Garibaldi en octobre 1926, violentes polémiques avec des journaux fascistes comme Il Pensiero latino, grossissement des incidents de frontière, tentatives de fédérer les forces antifascistes : l'activité de la France de Nice et du Sud-Est et de sa pagina italiana ne faiblit pas durant deux années. A tel point que, à un moment de où les relations diplomatiques entre la France et l'Italie se sont fortement assombries, en 1927, le quotidien est désigné en Haut-Lieu comme un possible élément déclencheur d'une guerre franco-italienne La passion autour de La France de Nice et du Sud-Est retombe en 1928, lorsqu'Albert Dubarry, trop impliqué dans des affaires parisiennes, passe la main. La ligne éditoriale évolue, transformant le journal en une feuille mondaine avec une page italienne réduite à l'annonce des spectacles et festivités. Sans ressorts et privée des ingrédients qui avaient fait son succès, La France de Nice et du Sud-Est disparaît des kiosques en mars 1930. |