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| Marcel Alocco, NICE Galerie Depardieu, Exposition d’Ève aux Demoiselles |
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| Écrit par SG | |
| Jeudi, 04 Mars 2010 16:31 | |
EXPOSITION ALOCCO - Toujours aussi active, la Galerie Depardieu, accueille, du 11 mars au 6 avril 2010, « D'Ève aux Demoiselles », une exposition d’oeuvres de Marcel Alocco, ce natif de la capitale de la Riviera et membre de l’École de Nice.Marcel Alocco est né à Nice en 1937. D'abord avec Fluxus, puis de 1966 à 1970 en participant à l’élaboration de l'esthétique dite Supports-Surfaces, il contribue à la création de l'École de Nice. Dans l'esprit Fluxus il produit des œuvres (Bandes-Objets, Le Tiroir aux Vieilleries) employant des matériaux divers, puis en 1967/68 travaille sur des draps de lit la transformation des formes confrontées aux conditions d'application, tout en expérimentant avec l'idéogrammaire le rapport textes-formes dans la peinture. Pour lui, l'image est l'une des composantes fondamentales de la peinture car, écrit-il "Toute peinture fait image".
À partir de 1973, il élabore ses Fragments de La Peinture en Patchwork : le tissu est peint, porteur d’images marquantes de diverses cultures, puis déchiré, remonté par couture ou tricotage, traitant en un même processus les couleurs, figures et supports liés, donnant ainsi pleinement sa spécificité au travail plastique. La plus élémentaire technique du patchwork est utilisée comme outil d'ouverture pour la création, introduisant une dialectique continu-discontinu, fini, non fini, infini. Le détissage de la toile peinte intervient, à partir de 1980, comme moyen de transformation de l'image par le déplacement de fragments (fils) de support-couleur.
L'exploration des origines et des techniques archaïques ont conduit Marcel Alocco à s'intéresser à l'invention (selon une hypothèse de S. Freud) du tissage à partir des cheveux de femmes. De février 1995 à décembre 1999, il interroge la peinture avec le support-couleur cheveu, développant de fines miniatures de tissages élémentaires.
Le travail sur la matérialité du tissu, déchiré, cousu, ou dé-tissé, se poursuit aujourd’hui aussi autour de copies de dessins d’enfants auxquels il donne le même statut muséal qu’aux images tirées de l’histoire de l’art, de Lascaux à Cranach, jusqu’à Picasso….
Raphaël Monticelli : La Peinture en Patchwork - Morceau choisi
….La Peinture en Patchwork, c'est d'abord un principe paradoxal d'éparpillement/unification... Le premier geste du Patchwork d'Alocco, ce n'est pas de réunir des fragments qui existent, c'est de déchirer une toile sur laquelle il a préalablement déposé des images, c'est de se constituer un stock de fragments dans lesquels la déchirure de la toile provoque celle de l'image... L'éparpillement produit ainsi un traitement indifférencié de l'image et de l'un de ses outils, son support, de sorte que leur distinction devient caduque.
….La Peinture en Patchwork, c'est ensuite un principe paradoxal de décomposition/composition... L'éparpillement de l'état initial du tableau détruit la composition première; le remontage des fragments, tendanciellement aléatoire, propose une composition autre, dans laquelle le regard n'est pas guidé par le vouloir-composer de l'artiste mais par les ruptures entre fragments, son vouloir rompre, ainsi se crée un espace particulier qui met le regard en mouvement, et qui est le lieu où se joue symboliquement notre rapport quotidien aux ruptures d'espaces... En d'autres termes l'espace du Patchwork d'Alocco, c'est le lieu nouveau dans lequel se brise le schéma gauche/droite/Haut/bas, il marque la volonté de donner un espace sémiotique nouveau.
Catalogue "Marcel Alocco, Peinture en Patchwork, quinze fragments",
Centre d'Arts Plastiques de Royan, (Février 1995).
Denys Riout : La vérité en peinture selon Marcel Alocco
Au discours du tableau, s’ajoute un discours sur la peinture. Des explications, des commentaires, des interprétations variées à souhait, s’agrègent à toute œuvre digne d’attention. Des spéculations plus générales accompagnent l’exercice de la peinture. Quelque effort que nous fassions pour toucher des yeux une hypothétique pure visibilité, notre regard est habité par le langage. Se mêlent à notre attention scopique des bribes de théorie, le souvenir d’informations anecdotiques ou capitales qui, loin de troubler notre vision, la constitue. Voir et lire ou entendre, voir et parler, entendre et répondre, fût-ce sans articuler une parole, ces opérations sont indissociables, en dépit des apparences. L’œuvre de Marcel Alocco manifeste cette pluralité. Artiste et poète, il découpe dans la langue, assemble des formes et des couleurs, tisse un jeu inépuisable de renvois culturels à partir de références bigarrées. Le Patchwork qu’il développe depuis plusieurs décennies n’est pas seulement visuel.
Revue NU(e) n°32 spécial Alocco, 2005.
Michel Butor : Déchirage
Mon cher Marcel,
« …chez toi la couture souligne la présence et la conscience du tissu, cette prodigieuse conquête de l'humanité. Tu utilises des formes très reconnaissables, des emblèmes empruntés au musées, à l'histoire de l'art, mais aussi au dessin animé. On peut donc décoder ton œuvre selon divers degrés de culture. Ce qui m'a intéressé au début, c'est le thème du patchwork parce que c'était pour moi l'un des emblèmes fondamentaux de la culture américaine, avec le "quilt" dont il est question dans Mobile. Au fond mon problème dans ce livre rejoignait tes préoccupations: comment coudre tout ça ensemble pour que ça tienne ?
(….) On a chez toi tout un travail sur le déchirage du tissu. Ni découpure ni déchirure. Car il n'y a ni ciseaux ni accrocs. Tu sépares des pièces selon la technique ancestrale des vendeurs de drap. Puis tu les couds, mais en laissant bien apparentes cette couture et la séparation préalable. C'est pourquoi tu marques chaque pièce avec une image comme avec un sceau. Parfois déchirage et couture traversent une image. La suture rétablissant alors une continuité déchirée. A d'autres moments elle établit une continuité entre deux régions, deux images d'origines très différentes. Ces marques constituent une sorte d'alphabet général de notre culture, grâce auquel tu réalises des "patiences", un peu comme une voyante ou une tireuse de cartes.
Catalogue "Alocco, Treize Fragments"
Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, Nice, 1993.
Marcel ALOCCO : « D'Ève aux Demoiselles »
Vernissage jeudi 11 mars
Exposition jusqu'au 6 avril 2010
Galerie Depardieu
64, boulevard Risso face au MAMAC
06300 Nice - France - Tél. +33 0 497 12 12 99
Tramway : arrêt Garibaldi - parking du Théâtre National de Nice
www.alocco.com/ |