Le samedi 2 juillet 2005, à Nice, grâce à l’Institut de Recherches et d’Études Pluridisciplinaires sur le Comté de Nice et l’Europe (IREP-COME), s’est déroulée une rencontre franco-italienne sur un thème absolument nouveau en France, celui des descendants de Giuseppe Garibaldi. Si nous connaissons bien l’histoire du Héros des deux Mondes, la vie, les engagements et les choix politiques de ses enfants, Menotti, Teresa et Ricciotti, et de ses petits-enfants tels les fils de Ricciotti, Giuseppe dit Peppino, Menotti, Ricciotti junior, Sante, Bruno, Costante et Ezio restent encore à approfondir.Ces rencontres franco-italiennes entrent dans le cadre de l'hommage rendu au héros niçois le 4 juillet 2005, et dans la continuité d’un livre qui vient de sortir en Italie, I Garibaldi dopo Garibaldi. La tradizione famigliare e leredità politica, sous la direction de Zeffiro Ciuffoletti, Arturo Colombo et Annita Garibaldi Jallet, paru à Manduria-Bari-Rome chez Piero Lacaita Editore en 2005. Elles ont servi à raviver une mémoire enfouie dans les méandres dune histoire et dun inconscient collectif. Quelques-uns des meilleurs spécialistes de la question sétant retrouvés à Nice pour traiter la question.

Au cours de la matinée, les interventions portèrent sur la deuxième génération. Simone Visciola, jeune et brillant chercheur de luniversité de Florence, montra le lien indéfectible et fondement du garibaldisme qui exista entre Volontariat dans le Risorgimento et construction du mythe de Garibaldi. Sa contribution permit de dresser un bilan synthétique de cette histoire de la construction italienne à laquelle Garibaldi contribua de façon décisive, et dont ses descendants devinrent les héritiers. Zeffiro Ciuffoletti, professeur à luniversité de Florence, évoqua la vie de laîné des Garibaldi, Menotti, sorte de soldat-paysan à la Cincinnatus, qui après sêtre couvert de gloire auprès de son père sur les différents théâtres dopérations de ses aventures, en 1859, 1860, 1866, 1867, et encore en 1870-1871 en France, se dévoua à la bonification de terres touchée par la malaria, et sengagea en faveur des populations les plus misérables de lItalie. Annita Garibaldi Jallet, arrière petite-fille du Héros par son père Sante, raconta la vie de sa grand-tante, Teresa ou Teresita, fille cadette de Garibaldi. Une vie difficile, sur lîle de Caprera, avec un père vigilant et autoritaire, mariée à 16 ans avec le brillant Stefano Canzio dont elle eut seize enfants, avant de mourir en 1903. Enfin Giuseppe Monsagrati, professeur à la Sapienza de Rome, décrivit lhéritage difficile du dernier des fils de Garibaldi : Ricciotti, son enfance privée daffection et loin des siens, ses aventures courageuses auprès de son père, comme en France en 1870, dans larmée des Vosges, à la tête de la 4e brigade, mais aussi ses difficultés financières, et sa volonté décisive de reprendre le flambeau dune tradition garibaldienne quil avait contribué à conceptualiser à la mort de son frère aîné, Menotti en 1903. Aussi, Ricciotti devint le Garibaldi, lHéritier qui sut retrouver les accents romantiques de lengagement garibaldien en faveur des peuples opprimés, en Grèce en 1897 et 1912, et en France en 1914-1915. Ce fut grâce à lui que la troisième génération put à son tour perpétuer la tradition garibaldienne.L’après-midi des rencontres franco-italiennes fut consacrée naturellement à la vie de certains des fils de Ricciotti, les nouveaux héritiers. Jérôme Grévy, maître de Conférences à l’IEP de Paris présenta ainsi le rapport qui pouvait exister entre les Garibaldiens et la guerre au XXe siècle, un lien très fort qui perpétuait un mythe encore vivant et qui déboucha sur des engagements militaires hauts en couleur. Hubert Heyriès, maître de Conférences à l’université Montpellier III travailla quant à lui sur l’image et la représentation de deux petits-fils morts pour la France au cours de la Grande Guerre, Bruno le 26 décembre 1914 et Costante le 5 janvier 1915 en Argonne, dans cette légion garibaldienne qui de nouveau se battait aux côtés des Français contre les Allemands, comme le grand-père et le père avaient pu le faire en leur temps en 1870-1871. Leur mort fut alors héroïsée et instrumentalisée des deux côtes des Alpes pour pousser les Français et les Italiens à se retrouver de nouveau alliés contre les puissances germaniques, à une époque où l’Italie avait choisi de rester neutre dans le conflit naissant. Gérard Colletta voulut décrire une période sombre au cours de laquelle, le dernier des petits-fils de Garibaldi, Ezio avait choisi le camp fasciste, et tenté, durant la seconde guerre mondiale, de reconstituer un Comté de Nice indépendant, s’appuyant sur les Groupes d’Action Niçoise entre 1941 et 1943. Mais si Ezio avait choisi le Fascisme, un de ses frères, Sante s’engagea résolument dans l’action anti-fasciste. Arturo Colombo, professeur à l'Université de Pavie, montra alors le rôle que ce dernier joua dans la tradition démocratique au XXe siècle, lui qui de part son engagement en faveur de la liberté, de la démocratie et de la République, fut déporté dans les camps de concentration allemand dont il revint malade et affaibli au point de mourir en France le 4 juillet 1946. « Mort pour la France », Sante rejoignait Bruno et Costante dans le Panthéon moral des Français.En définitive une journée riche en enseignement, ouvrant des perspectives de recherche alléchantes et nouvelles, et qui intéressa un public nombreux, attentif et passionné. Autant dire que les liens d’amitié que Français et Italiens nouèrent à cette occasion préparent la grande rencontre internationale qui devrait se tenir en 2007 en hommage au bicentenaire de la naissance de Garibaldi.
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